mardi 21 février 2012

Sarkozy et sa courbe de Gauss ainsi que des coutumes villageoises et sanguinolentes


9782081266766_1_75.jpgS'il continue, Sarkozy va demander à Hollande de quitter la France selon son axiome qui voudrait qu'on l'aimât ou qu'on la quittât. Ce serait ainsi, pour lui, une élection plus aisée.

Or, à Marseille, l'autre dimanche, n'a-t-il pas suggéré que son rival de gauche n'aimait pas la France? 

Arrogant comme un caniche, de loin, il le traita de menteur, allégation que l'on pourrait analyser et retourner selon son seul modèle eu égard aux promesses non tenues, non réalisées. Ce qui laisse augurer que le reste de son discours n'est qu'intentions passagères et opportunes.

Aimer la France c'est aussi, et certainement surtout pour l'actuel et très provisoire premier d'entre ses membres, en donner une image digne. Ce dont on peut légitimement douter lorsque, mutatis mutandis, on assiste à la parodie du clone Medvedev —qui n'est qu'un fantoche provisoire de plus— mimant les tics de son collègue afin de faire rire son auditoire*. C'était en 2008, quelques mois après le célèbre "casse-toi pov'con". Le monde déjà se gaussait de nous.

Ainsi débutait dans la pantalonnade la huitième présidence d'une Vᵉ République abasourdie. Ça devait continuer de diverses manières qu'il n'est pas utile de détailler. La honte fut suffisamment grande tout au long de cette présidence pour devoir en rougir à nouveau.  Or, dimanche fut l'apothéose, l'acmé. Mais la vie de tout produit marketing suit la courbe de Gauss** ou courbe en cloche, qui veut qu'après la période étale qui suit la montée en puissance, le produit alors culmine puis chute de la même manière qu'il grimpa. Pour s'éteindre et disparaître.  

Sarkozy est d'ores et déjà sur la phase descendante de sa courbe.

Mais le mensonge est essentiellement l'apanage de la droite.

Observez la comique-troupière (puisqu'il faut féminiser, féminisons) Le Pen, toujours plus compatissante envers l'animal que l'humain, qui a trouvé son cheval de croisade. La viande halal. Tout laisse à supposer qu'elle souhaite favoriser la viande de porc, car là au moins, suggère-t-elle ainsi, stigmatisant une partie de la population, elle ne risque pas d'être halal. Qu'elle se détrompe. Une brève étude de nos mœurs campagnardes passées et actuelles devraient lui déciller le regard et lui clore l'onomatopée haineuse.

Quand février givre la campagne, le fermier tue le cochon. C'est rituel. C'est le meilleur moment. Un froid qui conserve. Alors l'homme sort son long coutelas, l'aiguise sur la pierre, se rase quelques poils de l'avant-bras pour tester le fil acéré puis d'un geste sûr tranche la carotide de l'animal aimé des chrétiens mais honni des musulmans et qui s'égosille tel un damné. Le sang gicle, récupéré dans une bassine, brassé par une main de femme afin qu'il ne caille pas puis mélangé avec du gras pour confectionner d'excellents boudins. La peau sera récurée, grillée au chalumeau; le reste débité, ficelé, congelé. Salé pour les jambons.

Avez-vous gouté un véritable boudin noir accompagné d'une purée de pommes de terre ? Ce n'est pas au super-marché que vous le trouverez mais sur la table des cuisines de nos fermes aux côtés d'un bocal de rillettes faites maison.

Et quand les beaux jours surviendront au détour d'une dernière gelée matinale, lorsqu'entre amis l'envie vous prendra de fêter le soleil, vous achèterez chez l'éleveur le plus proche un mouton à griller sur la broche. Ne restera qu'à trouver, avant de le déguster, celui qui l'immolera. 

Pour quelques euros, le garçon boucher qui ne pratique plus véritablement son métier dans le super-marché évoqué plus haut, vous le suspendra à la branche d'un arbre, lui tranchera pareillement la gorge, ne récupérera pas le sang, le videra de ses viscères, tirera la peau avec effort qu'il gardera en cadeau et vous rendra la bête prête à rôtir au-dessus du brasier qu'il vous faudra préparer. 

Il est plaisant de constater cette antinomie du rejet d'un peuple par un autre qui cependant adopte certaines coutumes culinaires et s'en délecte. Le méchoui.

Le mouton, à la différence du cochon qui couine, bêle à peine.

Et encore n'avez-vous  pas tout vu, tout entendu. Le lapin avant de fricasser, découpé, dans la poêle avec des pommes de terre, aura été énucléé. C'est à dire, pour être précis, que la femme —car c'est souvent à la femme que ce devoir échoit— aura plongé un couteau dans l'œil pour le lui arracher, bien que cette technique peut différer selon les régions.

La dinde de Noël, elle, aura eu le privilège du crâne transpercé.

Et je n'évoquerai pas l'agneau pascal ou le chevreau dont on dit qu'il pleure comme un enfant quand on l'égorge.

Quant au bovin, il faut un bras fort et précis pour frapper le merlin entre les cornes et le voir s'abattre, inerte, sur le sol. Il est toutefois à noter que cette technique se perd, étant plus aisé de mener la génisse ou le veau vers l'abattoir le plus proche.

Quoi qu'il en soit, une visite des congélateurs ruraux prouvera mes dires.

C'est ainsi que l'on pratique loin des villes, loin des décrets et des manières, loin des peurs et des simagrées. Au plus proche du réel, de la tradition. 

C'est la vie! La vie par la mort. L'éternel recommencement. Du plus profond de l'âge, usage inhérent à tous les peuples du monde. Héritage du carnivore. La viande que vous savourez dans votre assiette aura vécu la même destinée.

Sous une lame identique. Que le manche soit casher, halal ou français. Le reste n'est que gesticulation imbécile.

Et c'est ainsi que toutes les civilisations se valent.


*courbe de gauss Ici

** vidéo  

Photo: couverture du livre de Vladimir Vasak - Doisneau, Paris les halles - Flammarion 


mardi 14 février 2012

Nouvelles de l'ermitage

N'est-ce pas elle qui, en décembre dernier, menaçait d'une bombe atomique ses amis de l'UMP si elle n'obtenait pas les signatures nécessaires pour se présenter aux présidentielles? Elle expliquait que sa candidature était essentielle en démocratie, en laquelle elle croyait, ce que nul ne lui conteste, et que cette démocratie-là ne devait pas remettre en cause la diversité politique dont elle devenait, sans doute, l'emblème. Les journaux titraient en gras sa déclaration de guerre : "Je ne bluffe pas sur cette affaire de bombe atomique."⁽¹⁾

Ce soir la bombe est larguée au-dessus de nos urnes qui se terraient de peur dans les placards des mairies : Boutin se rallie à Sarkozy! Ne manque plus que Morin, mais il y vient.

Grands Dieux! Avec de telles bombes, la France tremble. De froid, c'est certain.

Le froid! Les écologistes, qui font feux de tous bois pour dégeler leurs salades, nous disent qu'il est dû au réchauffement climatique. Parce que les glaces du pôle⁽²⁾, fondant, refroidissent l'atmosphère. C'est donc une bonne nouvelle, le pôle se sacrifie pour les aider à lutter contre les gaz à effet de serre. Un peu comme Boutin qui se sacrifie pour aider Sarkozy, renvoyant aux calendes ses beaux principes.

Mais la mer, malgré les glaçons qui fondent, ne monte pas plus que les sondages en faveur du président-candidat.

Une mer qui monte, en revanche, c'est le peuple d’Athènes. Une marée humaine. Pour lutter contre le gel qu'on lui impose. Elle envahit tout, cette marée qui en a marre qu'on se marre de son existence. De plans de rigueur en plans de rigueur, que va-t-il rester au peuple grec pour survivre, après ces tempêtes se succédant? Les gravats qu'elles abandonnent sur leurs passages. C'est parfait comme projectiles mais difficile à digérer.

Or, un peuple qui a faim, qui n'a plus rien à perdre, dont l'espoir s'amenuise à chaque discours dicté par des banquiers cupides, un peuple sans horizon ne peut que se révolter pour mourir la tête haute. Mais vaincre aussi. Les révolutions, parfois, commencent ainsi.

Et pendant ce temps-là, à l'autre bout de la planète, Guy Forget⁽³⁾ tente sa petite révolution personnelle en plaidant pour les tennismen exilés. Pour lui, redonner 50 % des gains au fisc, c’est le comble de l’injustice. Spécialement quand on est riche. Il est donc judicieux d'aller vivre ailleurs qu'en France pour lober l'impôt. Surtout si une part non négligeable de cet impôt aura servi à faire de vous ce que vous êtes devenu. C'est la reconnaissance du ventre propre aux fripouilles.

Pourtant, à Vancouver, le soleil ne devait pas être flamboyant à le faire divaguer. Vous me demanderez, que peut faire le soleil sur une balle de tennis quand elle fait office de cerveau? La ramollir.

Alors l'ermite regarde les arbres qui l'entourent. Quelques branches sont encore tachetées d'une pellicule blanche et poudreuse. Les bourgeons cependant pointent leur espérance verte et il se dit que le printemps est proche.



⁽¹⁾ à lire sur le site des Inrocks

⁽²⁾ Si les glaces fondent l'évaporation, due au réchauffement, doit être plus importante; d'où des précipitations et notamment neigeuses sur les pôles. Ce qui annule l'effet. C'est d'ailleurs ce que l'on constate. Si une partie de l'Arctique perd ses glaces, elle accumule par ailleurs une masse importante de neige. D'ailleurs, pour rassurer au contraire de ce qu'on affirme, la température du globe n'augmente pas, ou infiniment peu, depuis une dizaine d'années.

⁽³⁾ lire sur le site du NouvelObs


mardi 7 février 2012

Guéant ou l'anthropologue imaginaire

Je n'ai rien inventé, je dois le titre à une comédie de Molière dans laquelle Sganarelle se croit cocu : "Sganarelle ou le cocu imaginaire". Ah! Molière! Il serait bon que son esprit ressuscitât pour river le clou à ces polichinelles de comédie.


Donc l'humaniste Guéant se croit anthropologue mais n'est ni l'un ni l'autre. Pas plus que Sganarelle ne fut cocu, victime consentante d'une succession de quiproquos. Mais si M. Guéant est consentant dans ses propos, il n'est en rien victime de méprise dont certains s'évertuent à vouloir en prouver l'existence.

Ce fut sans équivoque qu'il employa le terme de civilisation avec tout ce qu'il implique de sous-entendus. 


Toute civilisation a ses grandeurs et ses ignominies. Les Incas offraient à leurs divinités des sacrifices humains, les Romains, des chrétiens aux fauves, les Grecs empoisonnaient Socrate et louaient l'amour des éphèbes, l'Espagne inventa l'Inquisition comme tortura, plus tard, en Algérie la France. De nos jours l'Amérique tue au nom de Dieu et de la justice sans oublier la Chine si barbare au passé pourtant munificent. Je pourrais faire le tour de la planète, je n'y trouverai nulle civilisation plus ou moins digne que celle que privilégie M. Guéant. Pas plus en islam qu'en chrétienté, chez les hindous ou les pygmés. 

Qu'il préfère vivre ici plutôt qu'ailleurs, je le lui concède volontiers. Nul ne s'expatrie sans un déchirement du cœur quand il s'éloigne de son horizon familier et il serait curieux de voir pleurer un ministre de l'intérieur partant en exil à la recherche d'une vie meilleure, après la chute du gouvernement dans lequel il siège. Mais opposer des civilisations est un non-sens. Autant comparer des mouchoirs; en papier pour les modernes ou en tissu pour les nostalgiques, les deux se valent, en propreté avant usage, en souillures après.


Mais il ne faut pas demander à un ministre de l'intérieur d'avoir du cœur. Il ressemble, physiologiquement, à l'éléphant. Même munie d'un stéthoscope, l'oreille ne peut entendre battre le cœur du pachyderme.

En revanche, étrangement, les borborygmes des gaz produits dans son intestin s'entendent à distance. 


Comme quoi il est plus aisé d'éructer que de dévoiler son humanité.

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