samedi 24 octobre 2015

Le docteur Bonnemaison

Deux ans de prison avec sursis pour le dr Bonnemaison !

Qu’est-ce que c’est que ce verdict à la con ?

De deux choses l’une, ou il est coupable et il prend vingt ans, ou il n’a fait que ce que font tous les médecins devant une fin de vie douloureuse et il est acquitté, comme en première instance.

Car, si j’ai bien lu, le dr Bonnemaison s’est toujours défendu de cette accusation  : l’intention de tuer.

L’intention de tuer ! Mais quel mobile, d’ailleurs, l’aurait poussé pour agir ainsi ? La haine ? La vengeance ? L’appât du gain ? ou je ne sais quoi encore de ces raisons qui mènent un succédané de Petiot à tuer ses congénères ? Rien de tel.

Le dr Bonnemaison a agi en médecin, en son âme et conscience pour abréger des vies qui ne valaient plus la peine d’être vécues.

Ne soyons pas aussi bornés que le parquet, stupides que les juges ou velléitaires que les jurés ; soyons justes et lucides.

Accélérer un processus irrémédiable lorsque la fin d’une vie sombre dans la déchéance et la douleur, est un acte pratiqué depuis des temps immémoriaux dans le silence d’une chambre, d’une maison, d’un hôpital, à la demande ou non des proches.

Que le médecin qui n’a jamais injecté un peu plus de morphine ou autre substance létale à son malade pour apaiser ses souffrances se lève et je l’applaudirai mais ne le croirai pas.

Décidément ce procès ne fut qu’une pantalonnade d’inquisiteurs nébuleux, irrésolus et surtout inconscients d’une réalité médicale quotidienne.

jeudi 8 octobre 2015

La France aux français

Avant de déverser des imbécillités avec la constance et la légèreté d’un camion-citerne, comme par exemple aujourd’hui au parlement européen —et je ne m’attarderai pas sur son incivilité vis à vis de la Chancelière allemande et du Président français ou encore sur son ignorance crasse de l’évolution du monde—, Marine Le Pen devrait se cultiver pour évoquer les invasions migratoires et lire Romain Rolland, plus précisément le septième volume de son roman  » Jean-Christophe  » d’où j’ai extrait le dialogue ci-dessous entre les deux amis, Christophe, compositeur allemand, et Olivier, normalien français.


Ce texte fut écrit en 1908.


J’aurais pu remonter plus loin dans le temps, c’est un discours récurrent depuis la nuit des temps ; il y a eu et il y aura encore des individus à rejeter l’autre par peur, par bêtise, par ignorance.


La France fut toujours un pays de migrants. Toujours elle a su les accueillir. Toujours ils se sont fondus dans notre société. Ils ont été, sont et seront notre richesse. Quel que soit leur nombre.

 » – Peuh ! fit Chris­tophe, vous ne connais­sez pas la lâ­cheté de vos maîtres […/…] Je ne vous com­prends pas. Vous avez le plus beau pays, la plus belle in­tel­li­gence, le sens le plus hu­main, et vous ne faites rien de tout cela, vous vous lais­sez do­mi­ner, ou­tra­ger, fou­ler aux pieds par une poi­gnée de drôles. […/…] Ba­layez votre mai­son.

Mais Oli­vier, haus­sant les épaules, avec une las­si­tude iro­nique, dit :

– Se col­le­ter avec eux ? Non, ce n’est pas notre rôle, nous avons mieux à faire. La vio­lence me ré­pugne. Je sais trop ce qui ar­ri­verait. Les vieux ratés ai­gris, les jeunes se­rins roya­listes, les apôtres odieux de la bru­ta­lité et de la haine s’em­pa­re­raient de mon ac­tion, et la désho­no­reraient. Vou­drais-tu pas que je re­prisse la vieille devise de haine : Fuori Bar­bari ! ou : la France aux Fran­çais !

– Pour­quoi pas ? dit Chris­tophe.

– Non, ce ne sont pas là des pa­roles fran­çaises. En vain les propage-t-on chez nous, sous cou­leur de pa­trio­tisme. Bon pour les pa­tries bar­bares ! La nôtre n’est point faite pour la haine. Notre génie ne s’af­firme pas en niant ou dé­trui­sant les autres, mais en les ab­sor­bant. Lais­sez venir à nous et le Nord trouble et le Midi ba­vard…

– et l’Orient vé­né­neux ?

– et l’Orient vé­né­neux : nous l’ab­sor­be­rons comme le reste ; nous en avons ab­sorbé bien d’autres ! Je ris des airs triom­phants qu’il prend et de la pu­sil­la­ni­mité de cer­tains de ma race […/…] Il s’éli­mi­nera de lui-même, après nous avoir nour­ris. La Gaule a bon es­tomac ; en vingt siècles, elle a di­géré plus d’une ci­vi­li­sa­tion. Nous sommes à l’épreuve du poi­son… […/…] Mais nous autres, ce n’est pas de pu­reté qu’il s’agit, c’est d’uni­ver­sa­lité. […/…] mais en fait, c’est notre génie latin qui est im­pé­rial. Nous sommes les ci­toyens de la Ville-Uni­vers. Urbis. Orbis. «

mardi 21 février 2012

Sarkozy et sa courbe de Gauss ainsi que des coutumes villageoises et sanguinolentes


9782081266766_1_75.jpgS'il continue, Sarkozy va demander à Hollande de quitter la France selon son axiome qui voudrait qu'on l'aimât ou qu'on la quittât. Ce serait ainsi, pour lui, une élection plus aisée.

Or, à Marseille, l'autre dimanche, n'a-t-il pas suggéré que son rival de gauche n'aimait pas la France? 

Arrogant comme un caniche, de loin, il le traita de menteur, allégation que l'on pourrait analyser et retourner selon son seul modèle eu égard aux promesses non tenues, non réalisées. Ce qui laisse augurer que le reste de son discours n'est qu'intentions passagères et opportunes.

Aimer la France c'est aussi, et certainement surtout pour l'actuel et très provisoire premier d'entre ses membres, en donner une image digne. Ce dont on peut légitimement douter lorsque, mutatis mutandis, on assiste à la parodie du clone Medvedev —qui n'est qu'un fantoche provisoire de plus— mimant les tics de son collègue afin de faire rire son auditoire*. C'était en 2008, quelques mois après le célèbre "casse-toi pov'con". Le monde déjà se gaussait de nous.

Ainsi débutait dans la pantalonnade la huitième présidence d'une Vᵉ République abasourdie. Ça devait continuer de diverses manières qu'il n'est pas utile de détailler. La honte fut suffisamment grande tout au long de cette présidence pour devoir en rougir à nouveau.  Or, dimanche fut l'apothéose, l'acmé. Mais la vie de tout produit marketing suit la courbe de Gauss** ou courbe en cloche, qui veut qu'après la période étale qui suit la montée en puissance, le produit alors culmine puis chute de la même manière qu'il grimpa. Pour s'éteindre et disparaître.  

Sarkozy est d'ores et déjà sur la phase descendante de sa courbe.

Mais le mensonge est essentiellement l'apanage de la droite.

Observez la comique-troupière (puisqu'il faut féminiser, féminisons) Le Pen, toujours plus compatissante envers l'animal que l'humain, qui a trouvé son cheval de croisade. La viande halal. Tout laisse à supposer qu'elle souhaite favoriser la viande de porc, car là au moins, suggère-t-elle ainsi, stigmatisant une partie de la population, elle ne risque pas d'être halal. Qu'elle se détrompe. Une brève étude de nos mœurs campagnardes passées et actuelles devraient lui déciller le regard et lui clore l'onomatopée haineuse.

Quand février givre la campagne, le fermier tue le cochon. C'est rituel. C'est le meilleur moment. Un froid qui conserve. Alors l'homme sort son long coutelas, l'aiguise sur la pierre, se rase quelques poils de l'avant-bras pour tester le fil acéré puis d'un geste sûr tranche la carotide de l'animal aimé des chrétiens mais honni des musulmans et qui s'égosille tel un damné. Le sang gicle, récupéré dans une bassine, brassé par une main de femme afin qu'il ne caille pas puis mélangé avec du gras pour confectionner d'excellents boudins. La peau sera récurée, grillée au chalumeau; le reste débité, ficelé, congelé. Salé pour les jambons.

Avez-vous gouté un véritable boudin noir accompagné d'une purée de pommes de terre ? Ce n'est pas au super-marché que vous le trouverez mais sur la table des cuisines de nos fermes aux côtés d'un bocal de rillettes faites maison.

Et quand les beaux jours surviendront au détour d'une dernière gelée matinale, lorsqu'entre amis l'envie vous prendra de fêter le soleil, vous achèterez chez l'éleveur le plus proche un mouton à griller sur la broche. Ne restera qu'à trouver, avant de le déguster, celui qui l'immolera. 

Pour quelques euros, le garçon boucher qui ne pratique plus véritablement son métier dans le super-marché évoqué plus haut, vous le suspendra à la branche d'un arbre, lui tranchera pareillement la gorge, ne récupérera pas le sang, le videra de ses viscères, tirera la peau avec effort qu'il gardera en cadeau et vous rendra la bête prête à rôtir au-dessus du brasier qu'il vous faudra préparer. 

Il est plaisant de constater cette antinomie du rejet d'un peuple par un autre qui cependant adopte certaines coutumes culinaires et s'en délecte. Le méchoui.

Le mouton, à la différence du cochon qui couine, bêle à peine.

Et encore n'avez-vous  pas tout vu, tout entendu. Le lapin avant de fricasser, découpé, dans la poêle avec des pommes de terre, aura été énucléé. C'est à dire, pour être précis, que la femme —car c'est souvent à la femme que ce devoir échoit— aura plongé un couteau dans l'œil pour le lui arracher, bien que cette technique peut différer selon les régions.

La dinde de Noël, elle, aura eu le privilège du crâne transpercé.

Et je n'évoquerai pas l'agneau pascal ou le chevreau dont on dit qu'il pleure comme un enfant quand on l'égorge.

Quant au bovin, il faut un bras fort et précis pour frapper le merlin entre les cornes et le voir s'abattre, inerte, sur le sol. Il est toutefois à noter que cette technique se perd, étant plus aisé de mener la génisse ou le veau vers l'abattoir le plus proche.

Quoi qu'il en soit, une visite des congélateurs ruraux prouvera mes dires.

C'est ainsi que l'on pratique loin des villes, loin des décrets et des manières, loin des peurs et des simagrées. Au plus proche du réel, de la tradition. 

C'est la vie! La vie par la mort. L'éternel recommencement. Du plus profond de l'âge, usage inhérent à tous les peuples du monde. Héritage du carnivore. La viande que vous savourez dans votre assiette aura vécu la même destinée.

Sous une lame identique. Que le manche soit casher, halal ou français. Le reste n'est que gesticulation imbécile.

Et c'est ainsi que toutes les civilisations se valent.


*courbe de gauss Ici

** vidéo  

Photo: couverture du livre de Vladimir Vasak - Doisneau, Paris les halles - Flammarion 


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